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AMERICADIRE
L'Amérique au risque du français
CRITIQUES

Americadire

La voix des Amérindiens résonne ici la première, avant celle des galaxies urbaines, ou celle des Petites villes, avant les cris des rodéos de l'Ouest ou les avis donnés par les gens du désert, plus loquaces que les ranchers du Nebraska.

Solitude, tendresse, détresse, amours (divines ou humaines), surissent souvent dans ce livre sur le mode du dialogue ou de l'interrogation. Ce texte ressemble à une console d'orgue d'où l'on peut choisir ses jeux pour qu'une forme repose le lecteur de la précédente :l'on passe, avec bonheur, des plis et des replis de proses, au cristal de menus poèmes, aux flashes des graffitis, vrais éclairs d'un été américain.

Ce parcours initiatique des États-Unis, en douze chapitres, constitue une autobiographie secrète, un «journal» » de poète aux bottes de sept lieues. Ce texte réclame d'être dit : son titre Americadire en contient la promesse. C'est un poème de gosier l'Amérique... au risque du français.

Antoine de Vial. poète. romancier, a publié, chez Orizons, Debout près de la mer, en 2009, que la prestigieuse revue Europe a comparé. par le style et le souffle, au meilleur John Cowper Powys. Il a donné ensuite une traduction d'Emily Dickinson, Menus abîmes, 2012, à laquelle il avait consacré plusieurs années de travail. et Obéir à Gavrinis la même saison. En 2013, outre Americadire, nous publions une traduction du Tao Te King, dans notre collection « Cardinales ».

Ce poème ressemble à un continent mis dans une bouteille, à la manière de ces voiliers que les matelots de jadis parvenaient à y loger. L’opération demande du temps : les États-Unis ne recouvrent-ils pas cinq fuseaux horaires, des rocs rabotés du Labrador jusqu’aux îles Diomèdes ?
J’ai eu le bonheur d’aborder pour la première fois New York, au petit matin, par la mer, à la manière des immigrants de jadis.
Ma première année sur ce continent se déroula pour moi au collège Stanislas de Montréal, dans une classe de philosophie où je fus initié à l’hiver canadien, à ses « poudreries », à ses étoiles.
Les États-Unis, ce fut plus tard. Marin, New York devint mon port d’attache. J’y pratiquais, avec passion, la photo en noir et blanc, armé d’un Leica M3. J’aimais fixer la ville dans les strates de son développement ou de sa bohème, j’y traquais des visages, attentif aux atmosphères, aux caprices de la lumière, aux cicatrices de son histoire, sans négliger ses usines, ses banlieues, ses eaux mortes.
Je n’ai jamais pu me défaire de mon goût des visages : je découvrais un pays à travers des regards et j’apprenais son histoire par la voix de ses habitants.
Mon expérience des États-Unis fut d’abord celle de la vie maritime et des docks. L’Amérique (oui, les USA ont confisqué le mot) n’aura jamais eu pour moi l’aspect d’une villégiature. L’aridité des chiffres (avant celle des paysages), la rugosité des êtres, la bagarre, y furent mon lot dans le port de New York, ses entrepôts, ses usines, mais l’errance était un mot qui parlait à ma jeunesse intoxiquée par la lecture de On the Road. Déjà, je noircissais du papier.

Les saisons en Amérique du Nord sont conformes aux images des calendriers avec en prime, au nord-est, celle de l’automne rouge. En Nouvelle-Angleterre, les arbres d’octobre paraissent secréter leur clarté à la manière du rayonnement dont témoignent certains êtres qui révèlent, par leur présence, la splendeur de la fragilité.

J’avais été « obligé » de choisir, pour mon album américain, le poème, en lieu et place de la photo comme je l’avais prévu avec mon M3 volé à N.Y. dans mon bouge de Stanton Street, dans le Lower East Side (d’alors). J’avais commencé à écouter la voix d’Emily Dickinson. C’est déjà elle, la recluse, qui m’aura inculqué le goût du voyage immobile, dans la ronde de chaque jour ; c’est elle qui, peu à peu, m’aura appris à gérer avec économie les récoltes de la mémoire, des saisons, des passions.

Très tôt elle m’a appris à me tenir immobile sous les arbres de l’hiver, pour accéder à la maîtrise d’un ciel qui pivote et dont il faut se proclamer le centre. « Deviens l’étoile polaire de l’univers céleste et même terrestre », semblait-elle me dire. Le poème participe de cette immobilité et permet au monde de graviter autour du poète. Ce fut ma révolution copernicienne… même si j’avais perdu l’usage de la photo, du reportage et même du récit. IC’était ma manière de sortir du mouvement, de conjurer l’errance. Claudel ne dit-il pas de la rose : « Voyageur ! Viens et respire enfin cette odeur qui guérit de tout mouvement ! » (Cent phrases pour éventails).

Je jouais, peu à peu, Dickinson contre Kerouac qui m’habitait alors : ce choix guida puis apaisa mon vagabondage d’Amérique, mes explorations de jeunesse, mon nomadisme d’homme mûr, et, aujourd’hui encore, mes questions de vieil homme.

UN PAYS MULTIFORME

Je suis un américain de langue française qui déchiffre dans ce livre la terre américaine, source de mes poèmes.

Un moment chercheur d’or, attentif à la lueur des pépites dans des torrents du Nevada, je suis passé de rivière en rivière : mais quel orpailleur a jamais fait fortune ? N’ai-je pas ensuite tâté de la nuit de la mine, à Mother Lode ?

Enfin, après avoir erré dans les territoires de l’Homme rouge marqués par l’isolement et la détresse, j’ai voulu comparer l’immensité des réserves indiennes (dans leur alliage de beauté et d’angoisse) à celle de New York, « la » ville, ma ville, en juxtaposant leurs deux solitudes ? Entré plus avant dans l’intimité de cette dernière, j’ai appris à y déchiffrer le livre de ma vie, avec l’obsession de traquer en même temps ce qui va finir et ce qui est en train de finir ? La ville de New York ne serait-elle pas en train de mourir de sa pulsation même, en dehors de tout drame, à chaque instant ?

La ville révèle l’ambiguïté d’un apogée et cherche à nous mettre en garde contre la gloire de nos plénitudes : impossible d’aller plus loin, sauf à revenir à une autre éternité (que notre époque récuse) ou à la vibration des déserts où Moïse éleva le Serpent.

L’AMÉRIQUE AU RISQUE DU FRANÇAIS

Ma tâche aura été, ici, de restituer à la langue française un continent qui aura si peu intéressé la France. Soixante mille habitants du Canada français ont été abandonnés en 1763, au traité de Paris. Ils furent brimés avec ardeur par les Anglais parce qu’ils continuaient de parler leur langue. Devrais-je évoquer l’horreur du « Grand Dérangement » des Acadiens déportés par les mêmes dans le delta du Mississippi ? Qu’auront fait ceux qui gouvernaient la France d’alors et ceux qui la régissent aujourd’hui, pour soutenir l’usage du français dans le Nouveau Monde ?

À l’aube du XXe siècle, la France se serait-elle préoccupée davantage, en lien avec les responsables du Québec, de la conservation de la langue française de plus de deux millions de Canadiens français venus travailler, en Nouvelle-Angleterre, dans les filatures du New Hampshire ? Ces communautés, émigrées dans un milieu anglophone, ne furent jamais persécutées, mais abandonnées à elles-mêmes. C’est de leur isolement, de leur manque d’écoles francophones que leurs racines se sont desséchées. Parcourez aujourd’hui, pour vous en convaincre, l’annuaire de la capitale de cet État, Manchester.

Sur l’ensemble des États-Unis, il existe, aujourd’hui, d’innombrables villes, quartiers, lieux-dits, cours d’eau, collines et montagnes qui portent des noms français, témoignant de la présence de trappeurs, de colons et d’aventuriers, venus de France ou du Canada, dispersés surtout dans le bassin du Mississippi, où quelques hameaux d’alors sont devenus capitales d’État : Saint Louis, Des Moines, Baton Rouge. Faut-il rappeler la taille de cette Louisiane d’alors qui s’étendait à l’ouest du Mississippi, sans frontières vers les Rocheuses. Ce territoire ne fut-il pas « livré » aux États-Unis par la France de 1803 pour 30 deniers d’argent ?

Comment ne pas évoquer les nombreuses tribus indiennes qui ont parlé le français ?
De loin en loin, les Blancs (des deux Amériques), poussés par le remords ou la nostalgie, se prennent à célébrer l’Homme rouge, plaçant sur le pavois la sagesse de cette civilisation « amérindienne » qu’ils auront si bien contribué à anéantir. Mon privilège de poète américain aura été, dans le sillage d’un Curtis, d’en ramasser ici quelques pépites, en français !

LE MONDE AU RISQUE DE L’ANGLAIS ?

Des marées de « Latinos » venus du Mexique mettent en péril, en ce début de siècle, le dogme : l’hégémonie de l’anglais aux États-Unis !

Leur nombre, la proximité du Mexique, paraissent devoir donner à leur saga un cours différent de celle des immigrants de jadis : Polonais, Allemands, Italiens, Irlandais, Ukrainiens, venus par la mer et chassés d’Europe à cause de famines ou de crises de conscience. Les membres de ces « communautés de bateaux » brûlaient du désir de se fondre dans cette Amérique de leurs rêves, non sans mêler certaines de leurs traditions à celles de leur terre d’accueil. Les enfants, dès la deuxième génération, maîtrisaient par l’école l’anglais, bien que chaque vague de ces petits expatriés contribuât à le barioler de quelques éclats de leur langue d’origine.
C’est pourquoi les États-Unis, depuis leur indépendance, arrachée en 1776, sont devenus un des laboratoire à ciel ouvert de la langue anglaise répandue aujourd’hui, à l’apogée de leur économie, jusqu’en Chine. « L’anglais de passe », non sans être appuyé sur les continents ou pays de l’ex-empire britannique (Australie, Inde), continue à se propager à travers la tyrannie des places financières, le biais des sciences et des techniques, le sport, le tourisme et le show-biz : il paraît promis à des nouveautés, à des hybridations, à des altérations dont l’internet fournit un avant-goût à l’échelle de la planète.
J’ose ma question : notre boule ne finira-t-elle pas par refléter, ressembler, appartenir même, à la langue qui s’en sera emparée ? Vivrions-nous la fin de Babel ?
Je ne le pense pas : la malédiction subsiste, qui sera l’œuvre du temps. Celui-ci ne polit pas que les galets de la mer ; les langues dérivent comme les continents. Que deviendra demain l’anglais vivant de la Grande-Bretagne, de l’Australie, des États-Unis ? Persistera-t-il ? Son évolution fera l’objet d’études sans fin. Il sera, comme le latin de notre début de millénaire, une référence, un mètre étalon, mais on ne corsète jamais une langue qui, en mourant de sa réussite, demeure le reflet d’une histoire collective et de ses avatars. Chacune garde la capacité d’en enfanter d’autres, non sans lui transmettre ses gènes.

MAIS L’AMÉRIQUE – C’EST AUSSI TOI – LECTEUR…

Oui, l’Amérique possède un pouvoir : celui de te révéler à toi-même, de te prolonger : cela fait partie de sa fascination.
Pour ma part, j’avais dès 1950 découvert New York du pont d’un paquebot, puis Washington, D.C., capitale alors quasi provinciale. Dans le sillage de la Beat Generation, marin, j’avais même poussé, en 1958, la porte de City Lights à San Francisco, librairie où régnait alors Ferlinghetti.
Plus tard, en 1977, je suis venu m’installer dans le Maryland. Assagi, j’y retrouvais l’Amérique, comme aumônier de l’Action catholique, envoyé par Marie-Louise Monnet, sœur de Jean Monnet, un des fondateurs de l’Europe, soutenir un travail de réflexion de responsables qui m’a retenu pendant dix ans à Washington, à Baltimore et dans la baie du Chesapeake.
Ce pays m’aura appris la frugalité et l’absence de complications, symbolisées par une maison de bois, garnie des seuls objets de la nécessité. Entre nonchalance et exigence, mon bonheur provenait bien de cette économie, qui, dans les deux acceptions du mot, demeure, malgré les clichés, un souci d’américain !
C’est de cela dont témoignent ces pages. Il s’agit de vivre sa vie et non pas de savoir si cette poésie serait postmoderne ou lavée de tel ou tel soupçon.
La poésie d’ici est façon d’être, de vivre et d’agir : elle s’articule à la banalité, elle nous rend à ce que nous sommes, elle est notre manière de goûter un paysage, de marquer un veau dans le corral, de vendre des hot-dogs sur le trottoir, de conduire un camion, d’enseigner, de lire, de nettoyer un carburateur, de faire du sport, d’acheter une compagnie sur écran d’ordinateur, de regarder des mains, d’embrasser ou de ne pas embrasser, de prier, de rire, de mourir : la poésie n’est pas un « ailleurs ». Elle s’enracine dans le tumulte de nos vies et participe, au plus près, à la férocité ou à la douceur de nos combats.
Question d’historien et paradoxe : l’Amérique continue de surprendre ! Les grandes grèves (très dures) qui agitèrent ce pays à la fin du XIXe siècle ne compteraient-elles pas parmi les premières manifestations du socialisme dans le monde ?
L’interrogation sur une histoire écrite et gravée dans l’humilité du quotidien concerne le poète, elle mérite son attention, car la poésie jaillit de nos enthousiasmes, de nos passions, de nos sagas : elle ne se méfie que de l’abstraction ou des idéologies. Elle se sait chez elle sous les dominos de feu des stades, les couleurs et les clameurs du sport. Elle a partie liée avec la mémoire : elle se souvient des frimas de février dans l’Iowa qui contraignaient les enfants à coucher à l’école tant il faisait froid, au plus près d’un poêle, lequel continue de rougeoyer dans des mémoires d’anciens.
La poésie se veut énergie. Avec sa hachette, fraie-toi un passage. Entre douleur et beauté, elle se met à rire, car les vents rongent la terre et la solitude les cœurs. Elle offre l’hospitalité à l’instant. Accueille-la, puisqu’elle échappe à tes instruments de mesure et dépasse tes forces. Entre dans son guet, qu’elle te réconcilie avec toi-même, avec tes semblables, avec Dieu : c’est elle qui permet à l’oiseau d’être délivré du ciel, et la terre… du songe même des moissons ?

À PERTE DE VUE

La nature est une maison hantée. La littérature : une maison qui aimerait bien l’être.

Emily Dickinson

L’Amérique demeure, pour moi, liée à l’image du cercle. Les choses rondes possèdent un lien entre elles, pensaient déjà les Indiens. L’amplitude des lointains américains détient le pouvoir de nous enfouir en eux.
Nos amis, nos connaissances nous cernent, comme notre langage qui nous inclut dans l’anneau d’une culture. La ligne de fuite des plaines américaine nous enveloppe d’autant plus que l’on avance en direction des Rocheuses. La conscience d’un paysage nous contient, nous étreint, nous fait découvrir ce que l’on nomme avec un zeste de mystère : l’Ouest, à ne pas confondre avec l’épopée de sa découverte au XIXe siècle. Ces terres d’altitude ont parfois conservé leur nom de « coteaux » que les Français leur avaient imposé ; ce sont les eaux qui, en creusant leurs lits en canyons, dénoncent leur élévation avant que, dès l’automne, les neiges ne s’en chargent.
Par exemple, dans le Nebraska, le Kansas, ou l’Oklahoma, sur des centaines de kilomètres, par un processus insensible, champs immenses ou friches à sage bush en viennent à se confondre, pour entrer dans le plus intime des dialogues avec le ciel. Sans relief, ces hauts plateaux se mettent à ressembler au lasso du cow-boy, lancé à l’horizontale, comme pour s’assurer et ramener des nuées imbriquées, comme une pièce de bétail peut l’être dans un troupeau, les détachant de leurs horizons tabulaires, lorsque ceux-ci déclinent leur palette de bleus semblable à celle des paysages de la Renaissance flamande.
L’imagination de l’observateur se voit sollicitée, sans que celui-ci s’en rende compte, son œil s’égare, rendu incapable de cerner une limite, dépassé par la perfection de cet étourdissement que procure le vide laissé par des lignes de fuite qui exigent le sang-froid d’une analyse pour distinguer plans et emboîtements de lumière, non sans être soumis à l’angoisse que procure cet anneau qui garde mystérieusement sa faculté de vous étrangler, si vous vous tenez immobile.
La ville américaine est, elle aussi, expérience de la circonférence par ses pulsations, par ses migrations, par le pouvoir de ses tours perçues à l’instar de celui de phares.
De même, le désert américain dépend de cycles pleins de magie : dans l’Arizona, ce sont les hasards d’une pluie d’avril qui transforment l’aridité de ces solitudes, par le truchement de semences dures comme le diamant, en rondes de fleurs.
Les Indiens connaissaient ce pouvoir : « Tout silence est cercle du Grand Esprit » (Graffiti n° 988). Ils éprouvaient du respect pour les formes rondes : les pierres du torrent, les fruits, la lune. La mort elle-même ne semblait exister que « pour rendre la vie ronde ? » (Graffiti n° 912)
Quant au centre du cercle, n’était-il pas le lieu où l’on pouvait découvrir un frère ? (Graffiti n° 1007)
Je suis fier d’avoir pu fixer dans des mots quelques éclats de la cosmogonie de l’homme rouge.

À PERTE DE VIE

Dans un livre qui s’étale sur soixante ans, je me reconnais, à la manière d’un cliché retrouvé dans un album : « Oui, c’est moi le jeune homme assis sur la barrière. » Mais ces êtres qui nous entouraient, avec qui nous échangions sans fin, où sont-ils ? Où ? Ce « où » résume ma question dans ma récolte de poèmes anciens, au moment même ou j’y insère les nouveaux venus. Qu’est-ce que cela signifie pour moi d’être poète aujourd’hui, dans le grand âge, alors que tant d’amis ont disparu, tant est puissant le lien entre amitié et poésie ? Par exemple, le mot « musse » employé pour mes menus poèmes de plein vent, décrit une ouverture faite par le gibier dans les haies ou les forts. Ce mot est un cadeau de Gérard de B. reçu durant nos échanges de chasseurs… à mi-voix. D’autres mots me conduisent à retrouver d’autres visages.
Puisse, ce livre américain écrit en français, susciter des amitiés de traverse et de silence. Le poète existe lorsqu’il parvient et cela tient du miracle, à « nommer », à achever.
Toutefois, pour abaisser cette superbe, la poésie est en même temps une pauvresse dont le chant ne compte guère, ou si peu. Si poésie et dérision sont devenues sœurs en misère, c’est le signe de l’inouï de son exigence de transparence.
Notre siècle ne valorise guère cet office de « désignation ». Pour ma part, chaque matin, j’attends, je salue (à la campagne) le retour de la lumière, en me souvenant des mots de Saint-John-Perse, en accueillant le « sel gris de l’aube » qui en est le premier signe.

UN POÈME MULTIFORME

Une poésie prompte à s’hybrider convient à ce projet. Américaine, elle possédera davantage le recul de l’espace que celui de l’histoire. Il y a belle lurette que l’Europe-musée n’est plus ici « la » référence : les États-Unis sont devenus, à leur tour, exportateurs de mythes.
Pour la forme, ce livre oscille entre des séries de graffitis (ouvre-boîtes du rêve) et de poèmes en prose, sans autres titres que ceux des chapitres qui les introduisent.
Il reste (pour le chant), des poèmes resserrés, nommés pour l’Amérique rurale les « musses », pour l’Amérique urbaine, les « fenêtres », et pour New York les « ponts ».